Compléments au « Lys et moi mag 19 » Texte intégral sur les fermes Bonte, Snaet et Deconinck

Quel  avenir pour notre agriculture ?

Celui-ci dépend entre-autre des consommateurs. Soit ils privilégient les circuits-courts et en achetant local soit ils consomment des produits d’origine mondiale dont les normes de production sont moins sévères que les nôtres mais dont les prix restent très attractifs pour le consommateur. Produire local au prix mondial n’est pas possible.

La rentabilité de nos exploitations est également influencée par d’autres facteurs : la politique agricole (complexité des lois régionales, fédérales et européennes), la météo, l’augmentation du prix des intrants, le prix des produits sur les marchés mondiaux, etc.

Un constat est donc clair : être rentable en cultivant comme nos parents et grands-parents l’ont fait, est impossible aujourd’hui et nous devons investir dans une spéculation dont on ne connaît pas l’avenir, ce qui comporte beaucoup de risques.
Soit on investit et on s’industrialise en agrandissant nos exploitations en cherchant une filière ou en faisant des contrats avec l’industrie agro-alimentaire qui fixent elle-même nos prix de vente (le plus bas possible) mais qui nous assure une certaine sécurité.
Soit on cherche une diversification (gîte, bio, vente à la ferme, ferme pédagogique,…). Mais si trop de fermiers investissent ou se diversifient dans le même domaine, il y aura surabondance et donc perte de rentabilité à nouveau.

Les solutions pour notre avenir sont donc incertaines et dépendantes de nombreux facteurs/ personnes mais cela reste à l’agriculteur de choisir son type d’exploitation, d’y mettre toute sa volonté et son courage sans oublier que cela doit lui permettre de nourrir sa famille.

                                                                                                                   Bernard et Annemie Bonte

Renaitre de ses cendres

L’exploitation de Gérard et Lieve Snaet est originale par sa localisation géographique, à l’extrémité ouest de la Wallonie et sa petite taille, 33 ha pour 350 Blanc-Bleu. En 2013, une des étables a été ravagée par un incendie. Une expérience qui marquera à vie ces éleveurs méticuleux et passionnés. La perte de tous les taureaux de saillie et leur intérêt pour les garanties sanitaires et génétiques suite à des expériences moins heureuses, les ont conduit à s’orienter vers le CSB dont ils sont devenus des inconditionnels.

TOUTES LES RATIONS SONT BASÉES SUR DES BETTERAVES SEMI-SUCRIÈRES

L’exploitation se situe à Ploegsteert, sur la frontière entre la Wallonie, la Flandre et la France. Cela n’est pas sans conséquence sur la conduite de l’élevage. Les animaux qui pâturent en France doivent ainsi être déclarés et faire l’objet d’un traitement contre l’hypodermose. Les effluents d’élevage ne peuvent être exportés qu’en Wallonie. La ferme réalise annuellement 160 vêlages avec engraissement soit un cheptel de 350 bovins. Elle ne compte que 33 ha de prairies.

Toutes les rations sont basées sur des betteraves semi-sucrières. Gérard en achète 750 tonnes par an. Elles sont nettoyées à sec et hachées 3 fois pour éviter tout problème lors de l’ingestion puis distribuées à raison de 12 kg pour les gros bovins et de 5 kg pour les plus jeunes. L’éleveur ajoute 3 kg d’un concentré à 20 % PBD par animal et une complémentation en minéraux et en vitamines. Cette ration unique est distribuée à tous les animaux qui ne sont pas en prairie. Les mâles en finition reçoivent un complément de 10 kg de concentrés à 16 % de PBD et les vaches 14 kg. De la paille est distribuée à volonté. 560 tonnes de paille sont achetées chaque année.

Même si le stockage impose certaines contraintes, outre son intérêt économique, en moyenne 1,5 € par animal et par jour, pour Gérard, cette ration offre aussi l’avantage d’être concentrée. Cela permet de produire des taureaux avec des rendements carcasses proches des 70 %. La petite taille de l’exploitation et le fait de se trouver en zone vulnérable, oblige les éleveurs à exporter quelques 1500 tonnes de fumier chaque année. Sa situation géographique limite les possibilités d’écoulement. Ils doivent donc proposer le fumier gratuitement et supporter eux-mêmes les frais de transport.

UNE SURVEILLANCE ASSI-DUE MAIS UN SIMPLE CAHIER DE NOTE

Le troupeau est suivi avec grand soin, comme en témoigne l’aspect de cette ferme. Ainsi, chaque nuit, en alternance avec son épouse, Gérard réalise un tour de garde des vaches à terme toutes les 3 heures. Les adeptes de l’élevage de précision seront déçus en visitant cet élevage. Le management de Gérard repose sur une surveillance assidue mais sur son cahier de note dans lequel il écrit tous les événements.

Le matériel se limite au stricte minimum savoir un bobcat équipé d’un système de pesée et d’une dizaine d’accessoires (bac distributeur, pailleuse, fauche refus, …), un quad et un camion utilisé pour transporter les animaux.

Gérard a aussi installé un couloir de contention fixe avec bascule pour pouvoir intervenir seul et avec tout le confort voulu sur les animaux. Par contre, pour les postes qu’il considère comme essentiel, le couple est prêt à délier sa bourse. Une étable comptant 20 box individuels de 18 m² chacun a ainsi été construite. Les animaux à problèmes ou les vaches à terme sont isolés. Cet investissement s’élève à 175.000 €.

Les premiers vêlages ont lieu à 24 mois. L’intervalle vêlage est de moins de 13 mois. Les femelles sont suivies par 6 taureaux de troupeau. Celles qui ne sont pas pleines 4 mois après vêlage sont réformées.

Les veaux suivis par Lieve séjournent 15 jours en loges individuelles. Ils sont nourris à la poudre de lait (une 50 % précise Gérard) jusque 3 mois. Ils passent ensuite à la ration à base de betteraves. Ils sont logés sur des anas de lin, une formule qui leur assure une litière sèche et saine.

TOUTES LES ÉTABLES SONT ÉQUIPÉES D’UNE AIRE D’ALIMENTATION EXTÉRIEURE

Mis à part celles pour le jeune bétail, toutes les étables sont équipées d’une aire d’alimentation extérieure. Gérard est un fervent adepte de cette pratique en recul suite aux normes en matière de gestion des effluents d’élevage. Le gain sanitaire compense largement l’investissement dans les citernes.

L’éleveur s’est équipé d’une installation de déférisation suite aux problèmes de santé et de qualité de viande plusieurs taureaux d’engraissement liées à un excès d’urée dans le sang. Cette situation est due à des pierres dans le système urinaire. Il y avait un lien entre cette situation et l’excès de fer dans l’eau du puits, qui peut induire un mauvais goût à l’eau et réduire sa consommation.

Toujours au niveau sanitaire, l’éleveur soulève tout le bien qu’il pense des brosses rotatives pour lutter contre la gale. Toutes les stabulations libres en sont équipées. Les animaux les plus atteints sont traités. En supprimant les croutes, les brosses semblent renforcer

l’action du traitement et débarrasse naturellement les animaux moins atteints. Utiliser cette solution plus tôt ne l’aurait pas incité à opter pour le croisement, un choix qu’il regrette aujourd’hui1

CROISEMENT : ATTENTION AUX EFFETS SECONDAIRES NON DÉSIRÉS

Le troupeau n’étant pas inscrit, Gérard a opté il y a quelques années pour le croisement unique avec un taureau charolais culard. Cela lui a procuré des animaux plus rustiques, plus lourds et plus résistants à la gale. Mais la docilité des animaux et la conformation y ont laissé des plumes. Les taureaux de robe jaunâtre issus de ce croisement, même après plusieurs générations, ne sont pas acceptés par certains de ses acheteurs ou font l’objet d’une décote.

Les taureaux ont longtemps été vendus au marché de Bruges, à la cheville mais aussi en boucherie. Etant fils de marchand, Gérard gère lui-même les transactions.

Actuellement, entre autres par manque de temps, tous les animaux gras sont vendus à un seul grossiste.

82 TAUREAUX ONT PÉRI DANS L’INCENDIE

En 2013, alors que Gérard venait de rentrer la paille achetée, le drame s’est produit. Pour une raison inconnue, le feu s’est déclaré dans l’étable à taureaux dans laquelle une partie de la paille était stockée. Cinq casernes de pompier ont été mobilisées pour contenir l’incendie à ce seul bâtiment. L’étable a été totalement détruite et les 82 taureaux d’engraissement et de saillie hébergés ont péri. Aujourd’hui, les animaux, la paille et le matériel sont disposées dans des bâtiments différents.

LE CSB : UNE SÉCURITÉ GÉNÉTIQUE ET SANITAIRE

Depuis cette époque, Gérard traverse régulièrement la Wallonie chaque année pour acheter ses taureaux d’élevage au Centre de Sélection Bovine de Ciney. Ce fils de marchand a eu l’occasion d’expérimenter l’importance du sani-taire. Le troupeau est indemne de BVD et IBR I3. Les garanties offertes à ce niveau par le CSB lui ont plu. Lors de leur arrivée, les taureaux sont néanmoins mis en quarantaine avec une transition alimentaire.

Les garanties génétiques du CSB plaisent aussi à Gérard qui a été échaudé par son expérience en croisement. La qualité des aplombs du taureau et de sa mère sont un premier filtre. Viennent ensuite le gabarit, dont la longueur. Vu l’impact du croisement charolais, la conformation doit aussi être au rendez-vous, ainsi que la docilité. A ce propos, Gérard trouve absurde l’interdiction d’attacher les veaux. Cela complique la manipulation ultérieure des animaux.

Il est également attentif à la consanguinité. Quand on aime on ne compte pas, explique Gérard. Lorsqu’un taureau lui plait, il est disposé à relancer les enchères. Cela a été le cas en 2015 pour Hélios de Salmonsart, un taureau qui intéressait un centre d’insémination. Hélios a été l’un de ses meilleurs achats

                                                                                                        Extrait de Wallonie – Agriculture

Les gites de la Lys, grandeur nature !

Les gites de la Lys, les plus anciens de l’entité, jouxtant la ferme familiale en pleine nature, fidélisent sa clientèle depuis plus de 20 ans.

De passage à Comines-Warneton, le voyageur ne va pas trouver de complexe hôtelier. Ce projet est en attente à Ice Mountain.  En attendant, il devra aller déposer ses valises dans un hôtel en Wallonie (Mouscron, Tournai…), en Flandres (Ypres, Courtai…) ou encore en France (région lilloise). Mais sur Comines-Warneton, il y a mieux : les gites sont nombreux et diversifiés. Une bonne quinzaine de lieux (avec plus d’une centaine de lits) sont répartis dans toute l’entité allant de chambres pour deux aux gites de groupes, d’implantations en ville à des insertions dans des fermes, d’accueil de couples pour une nuit à des séjours plus long pour des travailleurs transfrontaliers…

Fin des années nonantes, les premiers gites à la ferme s’ouvrent, ceux de la ferme bleue à Ten Brielen et ceux de la Lys à Warneton. Ces derniers sont toujours exploités par le couple Marie-Christine et Guy Deconinck. Guy n’a jamais quitté la ferme familiale exploitée depuis le début du XXe siècle par ses grands-parents. Après la première guerre mondiale, elle a été reconstruite en 1925. En 1980, Guy a repris l’exploitation de ses parents.  En plus de la polyculture (blé, maïs, betteraves, pommes de terre…), le cheptel atteignait à son apogée 140 bêtes à cornes dont une partie était destinée à la laiterie. « En 1998, une partie de nos terres a été expropriée par la briqueterie du Pont-Rouge qui était nos voisins. Faute de certaines prairies, nous avons dû réduire nos bêtes à cornes et arrêter la traite. Ayant vu l’exemple dans quelques exploitations belges et françaises, nous avons transformé l’étable non utilisée en un premier gite avec deux chambres » précise le couple de retraités.  Dans la foulée, un deuxième gite a été construit (en 1999) et ensuite un troisième à l’étage (en 2002). Chacun possède deux chambres, un salon, une cuisine équipée, une salle de bain mais aussi en commun une salle de détente, un jardin de 500 m² et un étang avec barque, pédalo, pêche. Un attrait est la proximité d’une ferme toujours en activité. Les trois gites sont reconnus par le Commissariat Général au tourisme et labellisés par « l’accueil champêtre en Wallonie ». L’occupation des hébergements devenait de plus en plus fréquente pour des séjours touristiques ou de repos aussi bien que pour des haltes pour des visites familiales (comme celles de personnes en maison de repos) ou pour des travailleurs saisonniers. En deux décennies, peu de choses ont changé sauf l’introduction incontournable de la Wifi, de la location de draps et serviettes… Les séjours sont devenus plus courts mais plus fréquents. « Les vacanciers ayant l’ouverture d’esprit et le goût de la découverte sont devenus, au fil du temps, des amis. Ils viennent retrouver le naturel en retournant à la source. Les gens aiment bien être accompagnés dans des balades à vélo.  Nous partageons des moments de convivialité et même culinaires. Ils nous partagent leur recettes… Les bretons viennent avec une crêpière » ajoutent les hôtes du lieu.

                                                                   Edouard Debelder (paru dans l’Avenir – juillet 2020)

 

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