« Le Sud, c’est quoi pour toi? » par Pierre Debourse

Dans le « Lys et moi » de mars 2017 consacré à des projets humanitaires au Sud, nous avons posé cette question pour « nos regards croisés ». Nous publions ici l’intégralité de la réponse de Pierre Debourse.

En 1952, lors d’un stage aux USA, pour la Force Aérienne Belge, je me promène dans la ville de San Antonio, au Texas. Sur un trottoir, je croise un vieux noir, aux cheveux blancs, qui descend de l’espace piétonnier afin de me céder le passage! C’était l’époque pas si lointaine de l’Amérique ségrégationniste où l’on affichait, en grandes lettres: « White only ou Black only »! Dans tous les services publics américains, les noirs n’y occupaient que des postes subalternes. C’est sans doute à cette époque que je décidai, qu’un jour, j’irai en Afrique afin d’y vivre les relations humaines. Fin de contrat je rentre en Belgique, je rencontrais à Bruxelles un vieil archevêque du Congo, monseigneur J-F de Hemptinne qui cherchait un jeune IMG_8894enseignant laïc pour ses écoles du Katanga. Etant instituteur, je signais un contrat de deux ans et embarquait avec mon frère ainé Jean à destination du Congo, le 20 novembre 1953. J’avais reçu pour mission: ‘la compréhension et la pratique du français par les élèves dans les 6èmes primaires du collège St Boniface d’Elisabethville’ afin qu’ils soient aptes, l’année suivante, à comprendre les cours donnés par des professeurs européens. La langue Swahili étant parlée localement. Ce fut très enrichissant, eux apprenaient le français, moi le Swahili. Le directeur de l’école primaire, dom David Delva, qui cumulait ses fonctions avec celle d’aumônier de la prison d’Elisabethville me proposa de faire du bénévolat en allant donner des cours d’alphabétisation aux prisonniers. Ce que fis tous les samedis matins. Les leçons de français se donnaient dans une grande cellule dont le mur noirci servait de tableau. Célibataire j’habitais un « kot » dans la ville européenne mais me déplaçais en Vespa pour enseigner dans les cités africaines. Ma situation changea après mon mariage, sur place, avec une jeune fille belge expatriée. Les contrats devinrent annuels avec retour éventuel au pays. Nous avons eu quatre garçons.

En septembre 1959, Mgr de Hemptinne me confia la tâche de mettre en fonctionnement une nouvelle école primaire de douze classes dans la cité de Katuba à Elisabethville. Les bâtiments avaient été construits par l’Office des Cités Africaines (OCA). Tout était à refaire: inscription des élèves, recrutement d’enseignants, équipements locaux, débroussaillage de la cour de récréation et en fin d’année remettre les clés, le 30 juin, jour de l’indépendance du Congo, dans les mains d’un Congolais méritant. Mission accomplie.

 

L’indépendance du Congo: période de tous les excès: fêtes, révoltes, pillages, meurtres, viols et beaucoup de fuites devant les prises de responsabilité. J’y suis resté mais y ai enterré mon frère Jean. En septembre 1960, on me bombarde professeur de mathématiques dans le cycle inférieur des humanités modernes du collège St Boniface avant d’être muté en 1968 à l’Institut Supérieur Pédagogique où je devins maître de stages chez les futurs enseignants du secondaire.

Je rentre définitivement au pays en 1975 après 22 ans de services pour l’Office de Coopération des pays en voie de développement. J’ai toujours essayé d’être juste et ai été remercié d’avoir essayé de l’être.

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